Matisse Mesnil

C’est un dépaysement. Au Quattrocento, dans son traité De Pictura, Leon Battista Alberti formule une idée : la peinture serait une « fenêtre ouverte à partir de laquelle l’histoire représentée pourra être considérée » soit, par extension, une « fenêtre sur le monde ». Matisse Mesnil la dévoie. L’idée de la fenêtre, autant que son motif, traverse ses explorations plastiques de part en part. Il l’a d’abord thématisée formellement, en empruntant à la fenêtre sa structure pour la détourner de son usage et de ses propriétés conventionnelles. Il l’exploite à nouveau pour cette fois-ci réviser le paradigme albertien, du moins pour en révéler les contradictions aussi fondatrices que fécondes. L’espace central est évidé ou bouché, comme si l’on devait se contenter de regarder le revers d’une œuvre. Là où l’on devrait trouver la possibilité d’une projection, il n’y a que le vide, un passepartout qui redouble le vide ou un rideau de métal. L’image est ouverte, déchirée, renvoyée, faite écran à elle-même. Nous voilà face à une galerie des fantômes, face à une procession de retables païens.